Nous avons tous entendu la fable d'Esope “Le garçon qui criait au loup“, dans laquelle un jeune garçon prétend à tort qu'un loup attaque les moutons du village. Les villageois sont devenus sceptiques et ne sont pas venus à son secours lorsque le loup est arrivé pour de vrai.
Dans notre monde financier, le marché a demandé aux économistes d'arrêter de "crier à la récession américaine" parce que, jusqu'à présent, il n'y a aucun signe de récession.
- Cette position initiale du marché a débuté en septembre face aux chiffres spectaculaires de la consommation américaine, qui ont contribué à faire grimper les rendements des bons du Trésor... ce qui, à son tour, a mis les actions sous pression. À l'époque, début octobre, nous avions prévenu que le thème "higher for longer" (créé par la communication de la Fed en plus des inquiétudes liées à la politique budgétaire américaine) pourrait augmenter les risques de récession. D'autant plus qu'il semblait que la Fed accueillerait favorablement une nouvelle faiblesse économique afin de supprimer définitivement les pressions inflationnistes.
Jusqu'à présent, les données économiques et la chute spectaculaire des prix du pétrole suggèrent plutôt qu'un ralentissement doux et bienvenu est en cours, avec de bien meilleures nouvelles sur le front de l'inflation. Les rendements obligataires américains ont donc baissé et les valeurs technologiques et de croissance américaines ont connu un fort rebond.
- Le Nasdaq 100 est maintenant revenu à son sommet de juillet, malgré des taux d'intérêt réels à long terme plus élevés et une orientation plus agressive de la part de la Fed concernant le niveau des taux d'intérêt à l'horizon fin 2024 (5,1 % contre 4,6 % au début du second semestre). Le consensus des prévisions de bénéfices a été revu à la hausse de 8 % depuis la fin du mois de juillet, mais nous nous attendons désormais à ce que le rebond du marché s'étende au-delà des valeurs technologiques et de croissance.
Cette semaine, l'humeur "risk on" s'est en fait étendue au-delà du Nasdaq, y compris aux actions européennes et chinoises. Pourquoi vendre des actions si les bénéfices ne vont pas beaucoup baisser ? En outre, les actions, à l'exception des grandes entreprises technologiques, ne sont pas particulièrement chères. Dans le rapport d'aujourd'hui, nous montrons que d'autres actifs risqués, tels que l'euro, bénéficient de ce phénomène. Fondamentalement, nous avons du mal à défendre l'idée d'un euro beaucoup plus fort à court/ moyen terme, mais du point de vue du « timing », il n'y a rien d'évident à lutter contre le récit ci-dessus sans prendre le risque de "crier au loup". Notre seule mise en garde est que les signaux de la saison des bénéfices du T3 n'étaient pas extraordinaires. Mais il s'agit maintenant d'une discussion de mi-janvier, lorsque la saison des résultats du T4 commencera.
En ce qui concerne les actions européennes, nous revisitons cette semaine le secteur des foncières. Nous avons été à surpondéré depuis un certain temps, parce que nous avons anticipions un pic plus précoce des taux d'intérêt, mais aussi parce que les valeurs implicites des actifs reflétées dans les actions cotées étaient vraiment trop basses. Maintenant qu'il existe un consensus sur le pic des rendements obligataires, le secteur est de nouveau dans le collimateur des investisseurs. Nos analystes actions viennent d'organiser une grande conférence à Londres qui a suscité beaucoup d’intérêt. Les fondamentaux continuent de se détériorer, mais les marchés en sont parfaitement conscients. Le rerating a encore de beaux jours devant lui. La liquidité fonctionne dans les deux sens !
Semaine à venir : le flux de nouvelles macroéconomiques et de bénéfices sera faible, bien que les minutes de la Fed concernant la réunion du FOMC du 1er novembre puissent avoir des implications de marché. Par ailleurs, les enquêtes de conjoncture seront disponibles : les PMI préliminaires dans les pays développés ainsi que l'enquête IFO en Allemagne (pour le mois de novembre).



