Les conditions monétaires se sont fortement assouplies en zone euro. Comme prévu, la BCE a abaissé ses taux directeurs de 25 points de base la semaine dernière, pour la quatrième fois cette année, ramenant le taux de dépôt à 2 %. La BCE a été l'une des banques centrales les plus agressives au sein des pays développés dans le cycle d’assouplissement, avec une baisse cumulée des taux d'intérêts de 200 points de base au cours des 12 derniers mois.

  • Les perspectives d'inflation ont été révisées à la baisse, l'inflation totale étant désormais attendue par la BCE à 1,6 % en 2026 et à 2,0 % en 2027. Ces révisions résultent principalement d’hypothèses relatives aux prix de l'énergie et au taux de change. Les prévisions d'inflation sous-jacente sont en effet restées pratiquement inchangées.
  • Un autre élément accommodant a pu être observé dans l'analyse réalisée par la BCE afin d'évaluer les effets de différents scénarios en matière de politique commerciale entre les États-Unis et l'UE. En cas de nouvelle hausse des droits de douane américains, l'effet sur l'inflation serait négatif en raison de l'impact défavorable sur la croissance économique.
  • À ce stade, nous n'excluons pas que la BCE procède à une nouvelle baisse des taux cette année, même si cela dépendra en grande partie de l'évolution de la situation commerciale. La courbe des OIS indique également une nouvelle baisse des taux avant la fin de l'année et des taux directeurs compris entre 1,5 % et 1,75 % à la fin du premier trimestre 2026.

En ce qui concerne les implications de marché, la BCE a été perçue comme légèrement restrictive, Mme Lagarde ayant minimisé l'importance du chiffre d'inflation attendu en 2026. Mme Lagarde a également souligné qu'il fallait se concentrer davantage sur 2027, horizon auquel l'inflation devrait être conforme à l'objectif de 2 %. En conséquence, la petite révision à la hausse des anticipations de taux à court terme a aplati la courbe des taux et a alimenté la hausse de l'EURUSD en fin de semaine dernière.

  • Toutefois, au-delà de la réaction de marché à court terme, le fait est que le cycle monétaire restrictif mis en place en réponse à la succession de chocs constitués par la Covid, la guerre en Ukraine et la crise énergétique est arrivé à son terme.

Les petites capitalisations devraient être parmi les principales bénéficiaires de la nouvelle donne monétaire et du recul des prix de l’énergie. La dernière enquête de la BCE sur les conditions d’'accès au financement par les entreprises souligne que la transmission de la baisse des taux aux PME est encore incomplète. Cela suggère qu'il existe une marge importante d’assouplissement de leurs conditions de financement dans les mois à venir, comme c'est déjà le cas pour les grandes entreprises.

Du point de vue des marchés actions, nous constatons que la forte sous-performance des petites capitalisations par rapport aux grandes capitalisations en Europe a pris fin également. Le cycle de resserrement monétaire, associé à des prix de l'énergie élevés entre 2022 et 2024, a constitué un obstacle majeur pour cette classe d'actifs. Mais leurs perspectives se sont désormais clairement améliorées. D'un point de vue global, les indices de référence des petites capitalisations européennes sont biaisés vers des secteurs à forte intensité énergétique, tels que l'industrie et les matériaux. Cela explique leur plus grande sensibilité aux prix de l'énergie. Les petites capitalisations sont également plus axées sur le marché intérieur que les grandes capitalisations et sont donc quelque peu protégées des guerres commerciales. Les petites et moyennes entreprises européennes réalisent plus de 60 % de leur chiffre d'affaires en Europe.

Au cours des trois derniers mois, les SMID européennes ont enregistré l'une de leurs plus fortes surperformances relatives par rapport aux grandes capitalisations (+7 %). Le plan de relance allemand a déclenché la reprise des SMID par rapport aux grandes capitalisations, mais ce qui est intéressant, c'est que cette surperformance s'est poursuivie malgré la volatilité des marchés en lien avec les guerres commerciales, grâce à la nature domestique des petites capitalisations. Du point de vue des valorisations, les SMID restent très attractives par rapport aux grandes capitalisations malgré leur récente surperformance, les secteurs de la consommation et de l'industrie figurant parmi les plus intéressants. Au niveau national, les SMID françaises, britanniques, danoises et belges semblent les plus attractives, tandis que l'Allemagne est plus proche de sa juste valeur, mais présente un potentiel de hausse important compte tenu du plan de relance qui sera mis en œuvre dans les années à venir.

Semaine à venir : agenda macroéconomique relativement léger. Publication de l'IPC et de l'IPP américains pour le mois de mai.