Le conseil des gouverneurs de la BCE se réunira cette semaine et nous prévoyons une quatrième baisse des taux directeurs de 25 points de base cette année. Le taux de dépôt passerait ainsi à 2 %. L'inflation converge rapidement vers l'objectif de la BCE, à 1,9 % en mai selon les estimations préliminaires publiées ce matin par Eurostat. À l'horizon 2026, nous anticipons des risques à la baisse sur l'inflation, en raison de la faiblesse des prix du pétrole, qui est amenée à durer, et de la forte appréciation de l'EURUSD (+10 % depuis le début de l'année). Nous montrons dans notre rapport que les anticipations d'inflation en zone euro, mesurées par les swaps d'inflation à 2 ans, ont considérablement divergé de celles des États-Unis, s'établissant actuellement à 1,6 % (contre 2,9 % aux États-Unis). Ce niveau est nettement inférieur à l'objectif de 2 % de la BCE. En conséquence, la courbe des taux OIS en euros montre que les marchés tablent sur des taux directeurs entre 1,5 % et 1,75 % dans un an. En Suisse, les marchés s'attendent à ce que la BNS abaisse ses taux à 0 % le 19 juin. Retour vers le futur des taux bas en Europe…

Comment monétiser cette situation ?​​​​​​

#1 : Pentification de la courbe des taux euro. La BCE a été l'une des banques centrales les plus agressives dans ce cycle d'assouplissement parmi les pays du G7, provoquant un redressement de la courbe. L'écart entre les taux swap à 30 ans et à 2 ans s'établit actuellement à 70 pb, contre -100 pb il y a un an. Nous prévoyons que cet écart convergera vers sa moyenne à long terme de 115-120 pb au cours des prochains mois et trimestres. ​​​​​​

#2 : Les petites et moyennes capitalisations européennes devraient bénéficier de la baisse des taux et de la faiblesse des prix de l'énergie. Les petites capitalisations ont nettement sous-performé les grandes capitalisations pendant le cycle de resserrement monétaire en partie lié à la hausse des prix de l'énergie après l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Entre 2022 et 2024, elles ont sous-performé de 25 points de pourcentage les large caps. Notre rapport montre qu'au cours des deux derniers mois, les petites capitalisations ont commencé à surperformer significativement les grandes capitalisations. Nous voyons un potentiel de hausse significatif. Les indices de référence des petites capitalisations en Europe sont biaisés vers des secteurs à forte intensité énergétique tels que l'industrie et les matériaux, qui bénéficieront clairement des récentes décisions de l'OPEP+ d'augmenter l'offre de brut. De plus, leur valorisation relative par rapport aux grandes capitalisations reste proche de ses plus bas depuis plusieurs décennies. Les petites capitalisations sont également plus orientées vers le marché intérieur que les large caps et sont donc davantage protégées des guerres commerciales. Les petites et moyennes entreprises européennes génèrent plus de 60 % de leur chiffre d'affaires en Europe. Toutefois, leur base de coûts pourrait être affectée par les droits de douane européens sur les produits américains si les guerres commerciales s’enveniment.

N° 3 : le secteur des télécoms. Certes, notre forte surpondération du secteur des télécommunications est quelque peu indépendante de notre opinion sur la BCE et les prix de l'énergie évoquée ci-dessus. Cependant, le secteur a un point commun avec les petites capitalisations : leur orientation vers le marché intérieur et le fait qu'elles sont davantage protégées des guerres commerciales que d’autres secteurs. Le secteur a pris un tournant l'année dernière, après des années de sous-performance massive, le point d'inflexion des dépenses d'investissement offrant une meilleure visibilité sur les marges et les flux de trésorerie. Par ailleurs, les télécommunications étant désormais considérées comme essentielles aux ambitions numériques de l'UE, la pression s'intensifie pour assouplir la réglementation en matière de consolidation. Le changement de position de l'UE en matière de réglementation pourrait soutenir une nouvelle revalorisation du secteur.

Semaine à venir : réunion de politique monétaire de la BCE jeudi, rapport sur le marché de l'emploi américain vendredi.