Chers lecteurs, nous espérons que vous avez passé des fêtes bien reposantes, car 2026 s’annonce tout sauf calme. Trump est sur tous les fronts, omniprésent, avec les élections de mi-mandat en ligne de mire à la fin de l’année et le souvenir de la défaite de 2018. Il souhaite faire baisser le prix du pétrole, ce qui revient à une baisse d’impôt pour les citoyens. Il s’agit d’une compensation à l’impact négatif des droits de douane sur le pouvoir d’achat des ménages. Il espère ainsi contenir l’inflation, qui avait contribué à la défaite des démocrates en 2024, et sécuriser sa majorité. Il doit agir rapidement, car les sondages indiquent une désapprobation marquée de sa politique économique. La prochaine pièce qui pourrait tomber est le régime iranien, bien que parier sur un changement dans un pays de 90 millions d’habitants sans alternative crédible soit extrêmement difficile. Si l’année 2025 a été marquée par les droits de douane ; 2026, semble prête à bouleverser l’ordre mondial.
Nous identifions trois domaines susceptibles de bénéficier des multiples initiatives de Trump sur la scène internationale, malgré leur caractère parfois controversé:
- Premièrement, les sociétés américaines de services et d’équipements pétroliers devraient tirer pleinement parti du nouveau paradigme au Venezuela, tandis que les perspectives pour les grandes majors pétrolières américaines sont plus contrastées. L’évolution du cours de bourse de ces dernières sera un arbitrage entre des prix du pétrole plus bas et des réserves plus abondantes. Cela étant, le secteur énergétique américain a souffert de la baisse des prix du pétrole en 2025 et apparaît aujourd’hui comme le plus attractivement valorisé selon notre modèle propriétaire.
- Deuxièmement, l’insistance de Trump sur la prise de contrôle du Groenland, son objectif d’augmenter le budget de la défense et la menace persistante de la Russie renforcent la thématique de la défense. Celle-ci avait été pénalisée au quatrième trimestre par la perspective d’une résolution du conflit en Ukraine. Toutefois, les signes de plus en plus évidents qu’une résolution ne ferait pas disparaître la menace russe, combinés aux développements récents évoqués ci-dessus, devraient continuer d’alimenter cette thématique. Notre panier mondial de valeurs de défense est en forte hausse et a atteint de nouveaux sommets ces dernières semaines.
- Troisièmement, que les États-Unis recourent ou non à la force au Groenland, ces initiatives renforcent de facto le thème de la souveraineté européenne. Nous revenons sur cette thématique lancée l’été dernier, qui s’appuie sur le rapport Draghi consacré à la compétitivité et à la souveraineté européennes. Comme nous le montrons ici, le rapport Draghi s’articule autour de trois axes majeurs : combler le retard en matière d’innovation, décarboner l’économie et réduire les dépendances. Ces axes ont ensuite été déclinés en cinq domaines clés : défense et sécurité, autonomie numérique, accès aux matières premières, indépendance énergétique et productivité, ainsi que sécurité des systèmes de santé et des approvisionnements alimentaires. En s’appuyant sur nos analystes actions, notre stratégie a identifié trois valeurs à forte conviction par domaine, constituant un portefeuille équipondéré de 15 titres à son lancement. Moins de six mois après le lancement, la stratégie tient ses promesses, avec une performance de +20 %, contre +10 % pour l’indice de référence (Stoxx Europe 600).
Enfin, si les tensions autour du Groenland devaient dégénérer en conflit ouvert, nous estimons que le dollar américain pourrait subir une nouvelle phase de pression baissière. Si la réaction initiale des marchés soutiendrait probablement le dollar dans un mouvement de type « risk-off », nous pensons que cet effet serait de courte durée. La thématique de la dédollarisation pourrait alors se réaffirmer, les investisseurs européens (et mondiaux) accélérant leurs efforts pour réduire leur exposition au dollar et se repositionner vers d’autres valeurs refuge (tel que l’or). Une telle dynamique pèserait sur les actions européennes les plus sensibles à une baisse du dollar. Par ailleurs, les entreprises européennes fortement exposées aux États-Unis pourraient faire face à une vulnérabilité et une volatilité accrues, une pression renouvelée de l’administration Trump ne pouvant être exclue (par exemple Novo, poids lourd danois).
- Dans ce contexte, nous présentons un screening de grandes capitalisations européennes selon deux critères : (1) la part la plus élevée de bénéfices libellés en dollars et (2) la plus forte proportion de bénéfices générés aux États-Unis.
- Cela ne constitue toutefois pas notre scénario central, car nous estimons que l’Union européenne n’entrera pas dans un affrontement majeur avec Trump et que la voie juridique et diplomatique restera privilégiée.



