La date limite pour les droits de douane du président Trump approche à grands pas, la pause de 90 jours devant expirer le 9 juillet. Ce sera un test pour le TACO trade (Trump Always Chickens Out), qui a soutenu les actifs risqués au cours du dernier trimestre.
- Au moment où nous écrivons, seuls des accords commerciaux ont été signés avec le Royaume-Uni, la Chine et le Vietnam. Mais les accords avec des partenaires commerciaux importants tels que l'UE, le Japon et la Corée se font toujours attendre.
- La dernière ligne droite des négociations commerciales pourrait entraîner un regain de volatilité de marché, dans un contexte où le rebond du marché actions américain au deuxième trimestre a poussé les valorisations à des niveaux élevés. De plus, les mois d'août et septembre sont historiquement défavorables en termes de saisonnalité. Pour ces raisons, il semble judicieux de réduire tactiquement le risque des portefeuilles au cours des prochaines semaines.
- La saison des résultats va débuter aux États-Unis et en Europe. Selon Factset, les analystes tablent en moyenne sur une croissance du BPA du S&P 500 de 5 % au deuxième trimestre, en baisse versus 9,3 % attendu fin mars dernier. En Europe, les bénéfices du STOXX Europe 600 devraient progresser de 0,6 % au deuxième trimestre par rapport au deuxième trimestre 2024, selon LSEG. Même si les faibles attentes ouvrent la voie à des surprises positives, l'économie américaine semble ralentir. Le rapport sur le marché de l'emploi de juin a mis en évidence un affaiblissement de la création d'emplois dans le secteur privé.
Les investisseurs à long terme ne devraient pas s’inquiéter outre mesure. Les derniers développements concernant le projet de loi budgétaire et les droits de douane nous rappellent cette chanson légendaire des Rolling Stones : “You can’t always get what you want, but if you try sometimes, you just might find, you get what you need.” (On ne peut pas toujours obtenir ce qu'on veut, mais si on essaie parfois, on obtient ce dont on a besoin). Et en effet, Trump obtient jusqu'à présent ce dont il a besoin. Son projet de loi budgétaire a été approuvé par le Congrès la semaine dernière sans modifications significatives. Il a réussi à conclure des accords commerciaux asymétriques, dans lesquels les droits de douane qu'il impose aux pays étrangers sont plus élevés que ceux applicables aux produits américains. Il pourrait également bénéficier d'une Fed accommodante l'année prochaine et enfin, jusqu'à présent, l'incertitude commerciale se traduit par un ralentissement économique modéré. Il sème les graines qui lui permettront de conserver sa majorité en 2026, ce qui est positif pour les marchés à moyen terme.
Faut-il craindre le « Big, Beautiful Bill » ? Les rendements des bons du Trésor américain à 10 et 30 ans sont restés ancrés dans une fourchette de 4 à 5 % au cours des deux dernières années, et le projet de loi budgétaire approuvé la semaine dernière par le Congrès ne contribue pas à atténuer la pression sur la partie longue de la courbe. Par rapport aux projections budgétaires de janvier 2025, le CBO estime que le « Big Beautiful Bill » augmenterait les déficits de 3 400 milliards de dollars sur la période 2025-2034 (340 milliards de dollars par an selon une répartition linéaire des déficits). Les marchés s'interrogent sur la discipline budgétaire et appliquent une prime à terme plus élevée en raison de l'incertitude qui pèse sur la viabilité à long terme des finances publiques. Nous prévoyons néanmoins une stabilisation de la prime et un rendement des bons du Trésor à 10 ans de 4,2 % d'ici fin 2025.
Perspectives pour le dollar américain. Le dollar américain est un élément central du système monétaire mondial et ses fluctuations ont des implications majeures pour toutes les classes d'actifs, des actions européennes, japonaises et émergentes aux marchés obligataires et de crédit mondiaux, en passant par les matières premières. Compte tenu de la dépréciation massive du dollar américain depuis le début de l'année (-10,5 % pour l'indice DXY) et de nos perspectives tactiques prudentes à court terme pour les actifs risqués, nous pensons que le dollar américain pourrait se stabiliser au troisième trimestre, voire rebondir légèrement. Cela serait négatif pour l'or, qui a bénéficié de la dépréciation du dollar, et positif pour les actions japonaises, l'un des actifs les plus corrélés au dollar selon nos estimations.
Pour les actions européennes, une meilleure visibilité sur le commerce et une consolidation du dollar américain pourraient temporairement alléger la pression sur les secteurs cycliques et exposés à l'international au troisième trimestre. Dans ce contexte, nous sommes plus optimistes pour les secteurs qui ont subi des corrections suite à des révisions de bénéfices (nous sommes surpondérés dans les ressources de base et neutres dans les biens de luxe et l'automobile).
Semaine à venir : l'agenda des publications de données sera léger et l'attention des marchés devrait se tourner vers les accords commerciaux de Donald Trump. Le compte rendu de la réunion du FOMC de mi-juin sera publié. Mi-juillet, la saison des résultats débutera aux États-Unis et en Europe.



