Un mois après l’investiture de Donald Trump, nous examinons l’évolution du prix des actifs depuis sa victoire début novembre et discutons des surprises en Chine.

De nombreux développements de marché se sont déroulés en ligne avec le « Trump trade », mais il y a également eu quelques surprises telles que la sous-performance des small cap américaines et le rebond des marchés d'actions européens et chinois. Nous constatons des similitudes entre ces deux régions, notamment la nécessité d’un choc de confiance pour stimuler la demande intérieure et, surtout, la vulnérabilité aux guerres commerciales. Le récent rebond de ces marchés actions est lié au sentiment plutôt qu’à l’amélioration des fondamentaux.

Discussions commerciales

Les pessimistes pourraient affirmer que les marchés actions des deux régions ont connu un rebond parce que Trump est resté jusqu’à présent assez « modéré » en matière de droits de douane. Mais avec l’accélération du calendrier sur les tarifs douaniers au cours des deux prochains mois, nous pourrions voir ces marchés céder une partie de leurs gains.

Si vous jouez au poker Texas Hold'Em, pensez au marché réagissant aux nouvelles alors que les joueurs de poker évaluent leur jeu pendant que le croupier (Trump) distribue les cartes sur la table.

  • En novembre, les marchés ont reçu le Flop (les 3 premières cartes), qui suggérait que Trump frapperait durement l'Europe et la Chine.
  • Au lieu de cela, depuis l'investiture, la hausse des droits de douane plutôt faible imposée à la Chine et l'absence de hausse pour l’instant des droits de douane sur l'Europe suggèrent qu'il pourrait être plus modéré que prévu. Cela aurait pu être The Turn (la quatrième carte posée sur la table).
  • Maintenant, Trump est sur le point de distribuer sa cinquième carte (The River) avec d'autres annonces à venir en mars (Mexique et Canada) et avril (tarifs réciproques). Il y a de fortes chances qu'il se montre agressif pour presser ses partenaires et obtenir un bon accord.
  • En fin de compte, ce qui comptera, c'est le rapport de force qui émergera lorsque nous découvrirons qui a réellement gagné la partie. Concrètement, un accord final – espérons-le plus équilibré – sera annoncé. Mais alors qu’il fait monter les enchères pour obtenir un meilleur accord, Trump pourrait provoquer une certaine volatilité du prix des actifs au deuxième trimestre.

Mais que veut Trump ? Nous pensons qu’il exigera davantage d’investissements aux États-Unis, mais aussi une plus grande influence sur les politiques des alliés des États-Unis – sans doute une nouvelle forme d’impérialisme – et des relations commerciales plus équilibrées, dans le but ultime de réduire le déficit américain (réduction des dépenses de défense américaine, tarifs douaniers).

Comme dans toute négociation, il faut se battre pour obtenir un meilleur accord. Le risque d’une escalade à court terme favoriserait les bons du Trésor américain, malgré le risque inflationniste inhérent aux guerres commerciales. Cela pourrait également profiter à certains secteurs, les rendements à long terme étant un moteur clé pour bon nombre de ces secteurs (immobilier, services aux collectivités). Les rendements à long terme baisseront si les marchés craignent le « choc d’incertitude » lié à la politique tarifaire. En outre, une autre surprise de Trump 2.0 a été l’accent que les Républicains ont mis sur la dépense publique, ce qui est baissier sur les taux longs.

Demande interne

Toutefois, au-delà du commerce, certains facteurs internes évoluent également dans la bonne direction, tant en Europe qu’en Chine. DeepSeek a rouvert les yeux du monde sur les capacités d’innovation de la Chine. Xi Jinping a rencontré des entrepreneurs de la tech dans le cadre d’un effort visant à stimuler la croissance interne, et l’Europe a dévoilé ses ambitions en matière de compétitivité – bien qu’avec peu de détails. Un accord de paix en Ukraine bénéficierait également à l’Europe et à la Chine si les prix des matières premières chutent, dans un contexte où les sanctions contre la Russie pourraient être levées dans un avenir proche.

Même si une plus croissance intérieure plus dynamique est nécessaire en Chine et en Europe, il existe peu d’éléments concrets suggérant qu’une reprise a commencé en Chine. Les données du Nouvel An chinois ont été mitigées et les données immobilières s'améliorent, même si la dynamique des ventes de logements est fragile.

Conclusion

Il ne fait aucun doute qu’un résultat satisfaisant (et une visibilité) sur les négociations commerciales est une condition nécessaire pour que le marché boursier chinois continue de progresser. Le timing et la volonté des autorités pour stimuler la demande intérieure en Chine en dépendront également.

Dans notre allocation d'actifs, nous avons réduit l'exposition aux actions américaines au profit du crédit Investment Grade en USD. Nous avons également réduit les actions japonaises, avec l'appréciation du JPY, au profit des actions des pays émergents d'Asie pour tirer parti i) de l’inflexion des indicateurs immobiliers en Chine ainsi que du regain de dialogue des autorités avec les entrepreneurs, ii) de la valorisation attractive des actions coréennes et iii) d’un potentiel de redémarrage des actions indiennes. Nous avons également rétabli une position longue sur le dollar par rapport à l'euro en prévision des tensions commerciales.

Semaine à venir : la semaine prochaine verra le résultat des élections allemandes, les données d’inflation en Europe et aux États-Unis, ainsi que les bénéfices de Nvidia. Le type de coalition formée en Allemagne et la rapidité avec laquelle une nouvelle coalition sera convenue seront déterminants pour le sentiment à l’égard de l’Europe.