Les tendances récentes des prix des actifs montrent que l’incertitude géopolitique continue de peser sur le sentiment des investisseurs, malgré une croissance robuste des bénéfices attendus. Alors qu’une désescalade du conflit au moyen-orient reste difficile à envisager, les prix du Brent, qui évoluent autour de 100 dollars le baril, constituent une source d’inquiétude. Néanmoins, nous continuons de privilégier les actions par rapport aux obligations dans un contexte d’inflation plus élevée, qui, au-delà du choc sur les matières premières, s’explique également par une croissance économique soutenue. Nous pensons que Trump cherchera à éviter une escalade significative des tensions avec l’Iran à l’approche des élections de mi-mandat. Toutefois, dans le contexte actuel, nous reconnaissons que parier sur la géopolitique revient presque à jouer à pile ou face.

La France dans le viseur des marchés. Nous tournons notre attention vers la France, où les investisseurs exigent une prime de risque plus élevée dans un contexte d’incertitude politique persistante. À l’approche d’échéances importantes (négociations budgétaires, élection présidentielle et probablement législative), le spread OAT-Bund s’est élargi, avec des conséquences négatives pour les actions françaises. À titre d’exemple, les banques françaises se négocient avec une décote par rapport à leurs homologues européennes en raison des risques politiques. Cette note constitue le premier volet de nos travaux sur l’élection présidentielle française. Nous continuerons à suivre les développements et à publier de nouvelles analyses dans les mois à venir.

  • Comme indiqué dans le rapport, les sondages actuels suggèrent que Marine Le Pen (RN, extrême droite) est bien placée pour remporter l’élection présidentielle. Le parti ne dispose d’aucune expérience gouvernementale et continue d’adopter une position ambiguë sur des sujets clés tels que la réforme des retraites et la discipline budgétaire, ce qui suscite des inquiétudes chez les investisseurs. Mais les sondages indiquent également qu’il est peu probable que le RN obtienne une majorité absolue au Parlement et qu’il devra donc former des coalitions. L’aile droite du centre droit demeure le seul partenaire crédible, avec un programme budgétaire nettement plus favorable aux marchés. Selon nous, cela constitue le principal risque haussier par rapport au scénario adverse actuellement intégré par le marché. Il semble toutefois prématuré, à ce stade, de positionner les portefeuilles en prévision d’un tel scénario.

  • Nous nous attendons à ce que le spread OAT-Bund reste durablement élevé, mais toute forme de défaut souverain ou de restructuration de la dette demeure hautement improbable. Si les déficits budgétaires et la trajectoire de la dette constituent une préoccupation croissante, la soutenabilité de la dette publique française ne pose pas de problème à ce stade. Parmi les obligations souveraines européennes, nous préférons, à court terme, l’Espagne et l’Italie à la France, tout en estimant que les OAT pourraient ultérieurement constituer une opportunité.

  • Sur une note plus positive, le secteur privé français présente une situation financière solide et constitue une source importante de financement pour l’État. Cela réduit la dépendance du pays aux financements extérieurs, même si les non-résidents détiennent toujours 56 % de la dette publique. Le bilan agrégé de la France, secteurs public et privé confondus, diffère donc sensiblement de ceux de l’Espagne et de la Grèce à l’approche de la crise de la dette souveraine de 2010–2012.

GRAPHIQUE DE LA SEMAINE

Le marché obligataire intègre clairement une prime de risque pour la France

Le marché obligataure intègre clairement une prime de risque pour la France