La gestion de l'incertitude est au cœur de tout processus d'investissement. La semaine dernière, Donald Trump a dévoilé de nouveaux droits de douane à l'occasion du « Jour de la libération », entraînant les investisseurs en territoire inconnu. The Economist l'a rebaptisé « Jour de la ruine » : les actions ont plongé, le dollar américain a été malmené, le pétrole était en berne, les taux ont chuté... Les représailles de la Chine en fin de semaine dernière ont exacerbé le mouvement de liquidation. Il y a encore des raisons de s'attendre à un résultat plus modéré, car les droits de douane américains les plus agressifs entreront en vigueur le 9 avril. Mais les espoirs d'un règlement rapide des guerres commerciales s'estompent.

Dans une perspective à moyen et long terme, nous gardons à l'esprit le vieil adage de Warren Buffet : « Soyez avide quand les autres ont peur ». La mondialisation est en effet sérieusement menacée. Mais qui se souvient de ces experts qui annonçaient la fin du capitalisme après la crise financière mondiale de 2008, la fin de la zone euro en 2012, l'ampleur de l’incertitude pendant le Covid et la panique qui a suivi le resserrement monétaire sans précédent de 2022 ? Le pic d'incertitude marque des points d'entrée sur les marchés. Mais évidemment, lorsque vous traversez la tempête, personne ne sait exactement où se situe le pic d'incertitude. Dans chacun des épisodes de panique mentionnés ci-dessus, nous aurions pu dire « cette fois, c'est différent » (i.e. il n'y a aucune raison de racheter les actifs risqués). À l'heure actuelle, il est plus facile d'imaginer des scénarios catastrophes que de voir des lueurs d'espoir, même si nous notons le cadeau de l'Arabie saoudite à Trump. Si nous prenons comme scénario de base la chute des marchés en 2018 liée au premier épisode des guerres commerciales de Trump, les marchés pourraient trouver un plancher à quelques points de pourcentage en dessous des niveaux actuels. Si de sérieuses négociations commerciales commencent cette semaine, le marché rebondira.

La carotte et le bâton. Dans le rapport, nous faisons un petit calcul de coin de table. Nous estimons que les recettes budgétaires liées aux droits de douane dépasseraient 300 milliards de dollars par an, même en prenant des estimations prudentes (ramener le droit de douane moyen pondéré à 15 % au lieu des 20 % actuels, en supposant une baisse de 30 % des importations). Cela permettrait de financer plusieurs allégements fiscaux : l’exonération fiscale des heures supplémentaires coûterait 200 milliards de dollars par an, mettre fin à l'imposition des prestations de sécurité sociale coûterait 130 milliards de dollars par an et réduire le taux de l'impôt sur les sociétés à 15 % coûterait 70 milliards de dollars par an selon les estimations. C'est probablement la prochaine étape, car le budget 2025 est actuellement débattu entre le Sénat et la Chambre.

Comment se protéger, des paniers d'actions, et plus encore. Détecter le pic d'incertitude n'est pas une tâche facile et, en attendant, vous devez vous protéger contre des conditions volatiles avec de l’obligataire de qualité. Le dernier rapport de l'IPC dans la zone euro appelle à une baisse des taux de la BCE à la mi-avril et les positions longues sur la courbe des taux en euros bénéficieront des baisses des taux directeurs. Au sein des actions européennes, nous avons relevé les secteurs des télécommunications et des services publics, deux secteurs défensifs et orientés vers le marché intérieur. Enfin, grâce au travail fantastique réalisé par nos analystes actions, nous avons constitué plusieurs paniers d'actions européennes. Tout d'abord, un panier européen, composé de 76 actions domestiques, qui surperforme nettement le STOXX Europe 600. Ensuite, au sein de l'univers d'actions couvert par Kepler Cheuvreux, nous avons identifié les entreprises européennes les plus exposées aux États-Unis (>30 % des ventes) et les avons réparties entre celles qui exportent vers les États-Unis (très vulnérables aux droits de douane) et celles qui produisent localement pour approvisionner le marché américain. Ces dernières ont aussi surperformé les premières.

Semaine à venir : IPC américain, compte-rendu de la réunion du FOMC, indice de confiance des consommateurs de l'Université du Michigan (avril). En Chine, les nouveaux prêts en yuans et le financement global seront publiés pour le mois de mars. Début de la saison des résultats aux États-Unis.