Si le rebond spectaculaire des marchés actions américains est au centre de l’attention depuis le début du mois d’avril (S&P 500 : +12,4%), le rallye ne s’est pas limité aux Etats-Unis. En effet, pris dans leur ensemble, les pays émergents repartent sur les chapeaux de roues et effacent même le passage à vide du mois de mars (iShares MSCI EM : +14,9% en avril, +1,9% depuis le 27.02). Faut-il en conclure que la correction de mars n’était que du « bruit » ?

Commençons par revenir sur la situation générale. Le paysage actuel est très atypique. D’un côté, la crise énergétique engendrée par la guerre en Iran constitue un risque considérable pour de nombreux pays importateurs nets de pétrole, de gaz et de matières premières agricoles. Mais, de l’autre, les perspectives radieuses du secteur de l’intelligence artificielle enthousiasment les investisseurs plus que jamais. En d’autres termes, les « queues de distribution » semblent extrêmement épaisses.

ETF iShares émergents depuis le début du conflit en Iran (27.02.2026)

Par conséquent, le rebond des marchés émergents n’est pas homogène. La performance des dernières semaines est très largement tirée par les régions se situant au cœur du boom de l’IA. Depuis début avril, l’iShares MSCI South Korea retrouve sa trajectoire parabolique : +25,6% ! Son pendant taïwanais s’envole également de +24,2%. Ces valeurs dont le destin est intimement lié à celui des grands « hyperscalers » américains profitent donc à plein du retour en grâce des investissements dans l’IA.

D’autres zones géographiques tirent leur épingle du jeu. Les actions brésiliennes continuent à progresser (iShares MSCI Brazil : +4,0% MTD, +3,1% depuis le 27.02). L’économie brésilienne est loin d’être la plus en danger, si la perspective d’un double choc sur le pétrole et les matières premières agricoles se matérialisait. En témoigne l’appréciation du réal : la paire USDBRL a désormais glissé sous les 5,0. La Pologne, elle aussi, fait bonne figure (iShares MSCI Poland : +12,0% MTD, +2,1% depuis le 27.02). La présence de valeurs pétrolières comme Orlen dans les indices polonais permet au pays de faire mieux que résister dans un contexte où la perspective de prix du pétrole durablement élevés se fait plus forte jour après jour.

Mais la belle progression de l’indice des émergents cache aussi un certain nombre de contre-performances. Si l’Inde (+7,5% MTD, -5,1% depuis le 27.02) a réussi à sauter dans le train du rebond d’avril, la croissance du pays est menacée par la hausse des prix énergétiques. A plusieurs reprises, la Reserve Bank of India a dû s’employer à soutenir la roupie, qui risquait de décrocher. L’Afrique du Sud (+4,6% MTD, -14,1% depuis le 27.02) a également souffert dans la première phase du conflit. Si l’activité économique du pays est logiquement exposée à une crise énergétique, le déclin de l’or, qui a emporté les minières aurifères est le grand responsable de la correction de l’indice local. Cependant, la stabilisation des cours du métal jaune ces derniers jours corrobore notre thèse qui attribuait l’effondrement de l’or à un vent de panique chez les investisseurs entre le début et la mi-mars. Nous restons donc confiants sur le métal et sur cette zone géographique.